La ferme et seigneurie de Neuve Cour à Tubize

 La ferme de Neuve Cour est sans aucun doute l’une des plus remarquables et des plus anciennes qui subsistent actuellement sur le territoire de Tubize.  Les bâtiments actuels remontent, pour partie, au XVIIe siècle, mais son histoire est beaucoup plus ancienne.

Description architecturale

Jadis en partie ceinturée d’eau, vaste ferme clôturée dont le bâtiment principal, traditionnel, remonte au XVIIe s. (?). Il s’agit d’un important corps de logis flanqué à l’angle d’une tourelle d’escalier coiffée d’une toiture en pavillon; r.d.ch. surhaussé en moellons avec piedroits et de lourdes chaînes d’angle en calcaire; étage en briques couvert d’une bâtière à coyau entre deux pignons à gradins (sept degrés plus le pinacle). Façade entièrement remaniée au XIXe-XXe s., mais qui conserve des traces de meneaux en bois. Perpendiculairement à la façade arrière, qui fut également aménagée, construction à pignons en escalier de la même époque (sept marches plus le pinacle). Dépendances des XIXe et XXe s.

Le Patrimoine monumental de la Belgique, Wallonie, 2, Brabant, arrondissement de Nivelles, Sprimont, 1973 & 1998, p. 542.

Peu d’auteurs s’y sont réellement intéressés, probablement parce que les documents font défauts et que les informations dont on dispose sont plutôt enigmatiques.  Nous avons rassemblé dans les lignes qui suivent ce que nous avons trouvé au sujet de cette ferme.

Elle devait certainement déjà exister au XIIIe siècle, puisque le chevalier de Ripain (mort vers 1311) était qualifié « de la Neuve Cour » dans un document du début du XIVe siècle.  Dans son testament (1311), dont l’original est conservé aux Archives de l’Etat à Louvain-la-Neuve (fonds des archives paroissiales de Tubize), Pierre de Ripain fait donation à l’hôpital de Lembeek de 45 bonniers d’héritages (terres tenues par un propriétaire, appellé « héritier », moyennant le payement d’un cens au seigneur dont elles dépendaient), tant en terres labourables, qu’en prés, eau, aulnois, pâturages et aisances, situées à Tubize.

Lors d’un procès retentissant qui opposa au milieu du XVIIIe siècle la Table des pauvres de Tubize et l’hôpital de Lembeek il fut souvent question de cette donation de Pierre de Ripain.  On y faisait notamment référence à des extraits d’un très vieux registre de compte de l’hôpital de Lembeek, qui remontait au début du XIVe siècle et donc aux origines de cette maison hospitalière, et où il est question des recettes procurées par les terres de Tubize léguées par « mesire Piere de Rypain del Noevecourt ».  Parmi les conditions imposées par Pierre de Ripain, figurait l’obligation pour l’hôpital de payer, en échange de la jouissance des terres,  une rente de 5 muids en faveur de la Table des Pauvres de Tubize.  Cette rente se prélevait sur les revenus de la ferme de Neuve Cour.  En d’autres termes, le propriétaire ou locataire de la Neuve Cour voyait les revenus de sa ferme grevés d’une rente annuelle de 5 muids au profit des pauvres de Tubize.  C’est une aubaine pour nous, car cette rente est soigneusement enregistrée dans les comptes de la Table des Pauvres, ce qui nous donne de précieux renseignements sur les occupants (propriétaires ou censiers) de la Neuve Cour.

Le plus ancien compte conservé remonte à 1557.  On y trouve la mention suivante, en recette (f° 7) :  » reçu par ledit mambour a la neufvecourt au nom de lospital de Lembecque, IIII m[uids]« , en en dépense (f° 11) : « Pour la donne de Pasque prins en la neufvecourt au nom de lospital de Lembeke IIII m[uids]« .  Ces mentions se répètent ainsi d’année en année sans grandes variantes.  Au départ, cette rente est prélevée sur la ferme de Neuve Cour au nom de l’hôpital de Lembeek, mais on précise qu’elle était payée par Charlotte de Glyme.  De 1669 à 1671, le texte se modifie légèrement et devient : « Du Sr Jacq Clément sur la cense et heritage de la noeuf court venant du Sr Daniel Tasselon et auparavant du Sr de Malcotte au nom de lospital de Lembecq et ordonné par le testament de messire Pierre chevaillier de Rippain selon qu’appert par ledit testament en date de … mois de may mil trois cens et onze «  .

 Que retenir de tout cela ?  Pierre de Ripain, par son testament de 1311, fit d’importantes donations de terres à l’hôpital de Lembeek, moyennant certaines conditions dont  une rente annuelle à verser à la Table des Pauvres de Tubize.  Dans les faits, cette rente était payée, au nom de l’hôpital de Lembeek, par la ferme de Neuve Cour.  Tout porte donc à croire que la Neuve Cour appartenait à Pierre de Ripain, d’autant plus qu’il était surnommé, quelques années seulement après sa mort, « de la Neuve cour ».  Au XVIe siècle, Charlotte de Glyme acquittait la rente.  Elle devait donc très probablement être propriétaire de la ferme.  La Neuve Cour passa ensuite dans le patrimoine de la famille de Malcotte, puis dans celle de Tasselon.

Le 25 janvier 1666, Jean-Jacques Clément, drapier à Bruxelles, époux de Anne Tasselon, achète à Daniel Tasselon et Gertrude van Liere la seigneurie foncière de Neufcourt.  Elle consistait alors en maison, grange, étables, avec plus de 80 bonniers de terres, pâturages, bois, viviers.  Elle était tenue pour partie de l’abbesse de Nivelles, pour partie du seigneur de Tubize.  Il s’agissait donc d’une grosse exploitation agricole.

La Neuve Cour passa par la suite à leur fille (Barbe-)Josine Clément (1642-1687), épouse de Henri Hysman, seigneur de Druggenode à Ittre (1630-1704).  On retrouve ensuite la ferme dans le patrimoine de la famille Huysman, dont une branche se fit appeller « d’Annecroix et de Neufcourt ».

La suite de l’histoire de la Neuve Cour doit encore être retracée.  Nous savons simplement, à la suite de Tarlier et Wauters et de Joseph Demeur, qu’en 1855, elle appartenait à Mlle Vifquain, et que cette dernière en fit donation aux « Pauvres de Tournai ».  En 1929 elle appartenait aux Usines Destordeur.

Il reste donc beaucoup à découvrir sur cette magnifique ferme.  Nul doute que de nouvelles trouvailles viendront compléter, à l’avenir, nos connaissances à son sujet.

Luc DELPORTE

  

Repris à l’Inventaire du Patrimoine monumental de la Belgique.

Repris sur la liste communale des bâtiments d’intérêt.

Avenue Salvador Allende 35 – Tubize
Privé

  Sources :

  • Archives paroissiales de Tubize, Comptes de la Table des Pauvres.
  • Luc DELPORTE, Les Ripain (XIIIe-XIVe siècles), bienfaiteurs des hôpitaux de Lembeek, de Rebecq et de la Table des Pauvres de Tubize, dans Annales du Cercle d’Histoire Enghien-Brabant, t. 1, 1999-2000, pp. 25-52.
  • René GOFFIN, La famille Clément, originaire du Pays d’Enghien, dans Annales du Cercle Archéologique d’Enghien, t. 10, 1955-57, pp. 274-277.
  • Joseph DEMEUR, Histoire de la commune de Tubise, [Tubize], 1929, p. 26.