Braine-le-Château : traces médiévales le long du Hain

La Société Publique de Gestion de l’Eau (SPGE) qui a pour mission d’assurer la coordination et le financement du secteur de l’eau en Wallonie et l’Intercommunale du Brabant wallon (IBW) ont entrepris d’importants travaux visant à épurer les eaux usées collectées le long des vallées du Hain et de ses affluents. Braine-le-Château est concerné par ces travaux qui consistent en l’établissement d’une station d’épuration et en l’enfouissement d’un collecteur dans le fond de la vallée.

Au printemps 2008, à l’occasion de ces travaux d’infrastructure, des membres de l’A.S.B.L. Recherches et Prospections archéologiques en Wallonie ont découvert les traces d’un site médiéval au lieu-dit des « Manettes » à Braine-le-Château. à cet endroit, le lit sinueux du Hain longe directement le bas des pentes du plateau qui s’étend au sud de la rivière. Afin de pouvoir placer le collecteur à niveau constant, le creusement de la piste a profondément entamé le pied du plateau, entre celui-ci et la rivière, et des coupes pouvant atteindre 5 m de profondeur ont ainsi été ouvertes.

Sur une longueur d’environ 50 m, une de ces coupes montre pour son tiers est, sous la terre arable, une succession d’alluvions pré-quaternaires, de dépôts limoneux et de colluvions récentes. à l’ouest, cette séquence a été tronquée, on distingue une limite irrégulière oblique qui, du sommet jusqu’à la base de la coupe, témoigne de la présence d’un ancien front de creusement. Adossées à ce front, deux couches de comblements gris plus ou moins sombres et plus ou moins riches en humus, en pente vers l’ouest, complètent le remplissage de la coupe. La couche supérieure ne contient pas de matériel et rappelle des colluvions. Le comblement inférieur s’enfonce à plus de 4 m de la surface actuelle. De teinte gris-noir, parfois très humifère, il contient de nombreux petits éléments de charbon de bois, ainsi que du matériel archéologique réparti, sans concentration particulière, dans toute son épaisseur. Il s’agit de tessons médiévaux assez menus, de petits nodules de torchis, de quelques fragments de briques, de rares petits éléments de scories, de débris ferreux, de traces d’os pulvérulents et de deux esquilles de silex.

En absence de fouilles, seul un nettoyage de la coupe a été possible, il a permis de récolter 106 tessons de céramique dans cette couche inférieure. Parmi ceux-ci nous signalerons d’abord deux tessons décorés au poinçon, provenant vraisemblablement de la partie supérieure d’un même récipient biconique mérovingien. Gris clair à l’intérieur et gris foncé à surface soigneusement lissée à l’extérieur, ils présentent des éléments d’un décor formé de deux rangées courbes de points plus ou moins carrés, séparées par des rosaces estampées à huit pétales.

Hormis ces deux tessons, le reste du mobilier apparaît comme étant plus récent, il s’agit de céramique commune, généralement cuite en atmosphère réductrice, à pâte grise (95%) ou beige (5%). Les tessons semblent le plus souvent appartenir à des pots à cuire globuleux, à lèvre éversée et fond lenticulaire. Le nombre restreint et le caractère fragmentaire de ces éléments céramiques ne permettent pas d’établir de comparaisons détaillées, mais l’ensemble paraît toutefois pouvoir être globalement rapproché de séries régionales datant des XIe et XIIe siècles.

Le caractère limité des observations qui ont pu être réalisées sur ce site ne nous permet pas d’en déterminer sa nature exacte, mais s’il apparaît qu’une exploitation ancienne (carrière), sans doute de limon calcaire, creusée à flanc de coteau, a eu lieu à cet endroit, le contenu du remplissage de cette excavation témoigne aussi de la présence probable d’un site d’habitat médiéval dans les environs immédiats. Celui-ci devrait se situer un peu plus haut, sur le bord de la terrasse du plateau, quelques dizaines de mètres au sud de la coupe et du cours du Hain. Le remplissage de l’excavation, par colluvionnements et/ou par comblement volontaire semble ancien au vu du matériel retrouvé qui ne contient aucun élément postérieur au XIIIe siècle.

Ces vestiges retrouvés au lieu-dit des Manettes viennent étoffer nos connaissances relatives aux origines de Braine-le-Château, village déjà renommé pour son patrimoine historique. Succédant à la double motte castrale (XIe-XIIe siècles) établie au lieu-dit « Les Monts » à l’extrémité d’un promontoire dominant la vallée (Van Belle, 1966 ; Borremans, 1986), un nouveau château fut érigé à 500 mètres de là, 50 mètres plus bas, le long du Hain, au début du XIIIe siècle. Autour de celui-ci allait se développer le cœur du village, illustré aujourd’hui par un remarquable pilori et de belles demeures du XVIe.

Bien que ténue, la présente découverte, nous permet d’entrevoir un probable habitat le long du Hain, à environ 850 mètres au sud-ouest des « Monts », en relation chronologique avec l’occupation des mottes castrales (XIe-XIIe siècles), ainsi que la trace d’une présence en ces lieux dès l’époque mérovingienne (Ve-VIIIe siècles). L’ancienneté du site peut aussi être soutenue par les toponymes des lieux-dit voisins, « La Potterée » et « Nideran(d) », ce dernier viendrait de « Nedrehain » (1587) ou « Nedrem » (1278) pouvant être assimilés à « neer-hem » qui, opposé à « op-hem », évoquerait une « habitation dans un creux », sur base du terme germanique « haim » (cfr. heem en néerlandais) qui signifie « habitation ». Les toponymes en « –haim » peuvent majoritairement être datés entre le Ve et IXe siècle (Roobaert, 2001).

Les travaux d’assainissement visant à rendre la santé au Hain nous permettent donc également de rappeler l’importance de ce cours d’eau pour l’Histoire de Braine-le-Château et nous engagent à maintenir un regard vigilant sur ce patrimoine.

Sources : Travaux de Michel Van Assche et Kai Fechner

Borremans R., 1986. Fouilles aux « Monts » à Braine-le-Château (1984), Le Folklore Brabançon, n°250, p. 95-116.

Roobaert B., 2001. Toponymes germaniques en –haim entre Enghien et Tubize, Annales du Cercle d’Histoire Enghien-Brabant, Tome 2, p. 187-199.

Van Assche M. et Fechner K., 2010. Braine-le-Château/Braine-le-Château : traces médiévales le long du Hain, Chronique de l’archéologie wallonne, 17, p. 24-27.

Van Belle  J.L., 1966. Les Monts : tumulus ou mottes ?, Le Folklore Brabançon, n°170, p. 165-182.




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