Le « Char de triomphe » de sainte Renelde

Le Char actuel date de 1773.  Sa valeur historique et archéologique lui a valu d’être classé comme « monument » par Arrêté ministériel (Région wallonne) du 4 août 1992. 

 Un Char de triomphe est probablement utilisé lors du Grand Tour depuis aussi longtemps que la procession existe.  L’un des plus anciens comptes de l’église conservé dans les archives paroissiales mentionne l’utilisation d’un Char au milieu du XIVe siècle.  Il y est question des « compagnons qui mouevent le kaire sainte Renelle ». 

 Les archives gardent la trace de menues réparations effectués au Char au cours du temps.  Mais, lorsque son état l’exigeait, il était vendu aux enchères et remplacé par un Char tout neuf.  La dernière « criée de la vente du chariot Ste Renelde » eut lieu en 1773. 

 

Naissance du char actuel

 La datation du Char a fait couler beaucoup d’encre.  D’aucuns ont prétendu que le char actuel était probablement contemporain d’une des restaurations importantes de la Châsse qui eut lieu en 1621.  On l’a parfois dit bien plus ancien encore.  Sur la base de sa suspension à sangles et de sa décoration, on a aussi affirmé qu’il serait, en tous cas, du XVIIe siècle.  Enfin, on a avancé qu’il présentait dans sa décoration peinte un calendrier luni-solaire remontant au XVIe siècle ; théorie qui n’a jamais été confirmée par les spécialistes.

Des documents, découverts dans les archives paroissiales, permettent aujourd’hui de réfuter toutes ces hypothèses et de dater le char actuel avec précision.  Grâce à ces précieux documents, c’est toute la « naissance » du Char qu’il est possible de retracer. 

 Le 24 octobre 1772, N.V. d’Houdelinghen, échevin de Saintes, se rendit à Enghien pour prendre contact avec le menuisier Schoonheydt, le maréchal Badelon et le charon La Rivier et les inviter à venir à Saintes se rendre compte sur place du travail à effectuer. 

Le lendemain, en présence de la loi de Saintes (mayeur et échevins), les artisans enghiennois se réunirent à l’église de Saintes pour examiner la châsse (« la caisse du corps saint ») et établir les plans du nouveau Char (« pour thirer le plan dudit chariot »). 

 Le 13 janvier 1773, la loi du village mis aux enchères « le vieux chariot de triomphe de la ditte sainte [Renelde] ».  La « criée de le vente du chariot Ste Renelde » se déroula dans le cimetière entourant l’église, à côté du vieux Char, après son de cloches et les formalités requises.  Le « chariot avec sa lamme non compris la caisse » fut adjugé à Michel Toubeau pour le prix de 26 florins ; la « caisse en particulier » à Gilles Yernault pour le prix de 5 florins.  Ainsi disparaissait le « vieux Char » dont on peut encore entrevoir une représentation furtive sur un drapelet de pèlerinage du XVIIIe siècle. 

 Le 14 avril, les échevins N.V. d’Houdelinghen et André Ernaut se rendirent à Enghien avec les anges « pour les faire racomoder et faire servir au chariot de triomphe de la sainte ».  Ils en profitèrent pour examiner l’état d’avancement des travaux et « ordonner ce qu’il étoit question de faire au noev chariot ». 

Le 23 mai, le même N.V. d’Houdelinghen et M.F. Duwelz effectuèrent une nouvelle visite à Enghien « pour payer quelques ouvriers travaillans audit chariot de triomphe et ordonner ce quil estoit nécessaire de faire pour achever ledit chariot ». 

Le 26 mai, le mayeur et les échevins au grand complet se transportèrent à Enghien pour aller chercher le Char.  Celui-ci avait été conservé durant cinq mois dans une remise du château d’Enghien, vraisemblablement durant toute la durée des travaux.  On indemnisa à cette occasion les domestiques et portiers du duc d’Arenberg pour en avoir pris soin. 

Avec l’aide des chevaux et domestiques de J.B. Clément et sous l’escorte des gens de loi, le nouveau Char quitta Enghien et gagna, pour la première fois, l’église de Saintes où il fut accueilli au son des cloches sonnant à toute volée et par la liesse populaire. 

 Le nouveau Char effectua pour la première fois le Grand Tour en 1773. 

 

Char de triomphe de sainte Renelde, fabriqué en 1773 à Enghien, au château des ducs d’Arenberg.  Financé par le « comptoir de sainte Renelde ».  Menuisier : Schoonheydt ; maréchal : Badelon ; Charon : La Rivièr, tous les trois d’Enghien. 

 Utilisé, le dimanche de la Trinité, pour le transport de la châsse de sainte Renelde sur le parcours du Grand Tour, procession longue de 28 km.  Quatre chevaux brabançons sont attelés au char et menés par deux postillons. 

Comme tous les chars de procession, le char de Saintes se compose d’un châssis ou « train » supportant une « caisse » qui elle-même soutient la châsse contenant les reliques de la sainte. 

 La caisse :

En forme de sarcophage, peinte en rouge, brun, vert et or, la caisse présente un profil alternant gorges, saillies, tores et bandeaux.  Sa partie inférieure, galbée, est ornée de six panneaux encadrés d’un filet d’or et décorés de rinceaux rouges sur fond brun foncé entourant un motif de couronne.  On y remarque aussi, dans les angles supérieurs, deux petits cercles d’or qui surmontent également chacune des couronnes.  Les deux panneaux des faces latérales sont séparés par une tête de lion sculptée et dorée, tenant un anneau dans la gueule.  Au-dessus, une longue frise à profil concave, surmontée d’une corniche dorée en forte saillie, porte sur un fond vert foncé un décors de rinceau doré.  Huit têtes d’angelots ailés et dorés rehaussent encore ce bandeau dont la couleur vert foncé tranche sur le rouge dominant du sarcophage.  La partie supérieure de celui-ci, ceinturée à la base d’une frise de grecques, puis incurvée en une profonde concavité, porte six encadrements verts ponctués de cupules, entourés d’une moulure d’or et dans lesquels se détachent, en lettres foncées sur fond d’or, l’inscription « Sainte Renelde / Vierge / Martyre / Patronne / de Saintes / P.P.N. ».  Sur les longs côtés, les inscriptions sont séparées par un médaillon central portant le monogramme S.R. entrelacé, couronné et entouré de palmes.  Enfin, le sommet du sarcophage comporte un socle plus étroit sur lequel est fixé la châsse lors de la procession.  A cette occasion, quatre angelots sont également ajoutés aux angles de la caisse.  Entièrement creux, ce caisson de chêne est ouvert en-dessous et au-dessus et comporte un coffre à matériel dissimulé dans sa partie antérieure.  Le tiers inférieur de son flanc gauche a été restauré aux alentours de la Seconde Guerre Mondiale. 

Les peintures de ce sarcophage sont l’expression du néo-classissisme du dernier tiers du XVIIIe siècle, dont les motifs de rinceaux, de grecques et de mufles de lions constituent les éléments décoratifs les plus courants. 

 Le train :

La structure du châssis est originale et d’une construction totalement différente de celle des autres chars de procession.  L’ensemble de la construction s’apparente à un travail de charronnage plutôt rural, soigné mais dépourvu de décorations sculptées.  Le châssis de ce char ne fut pas récupéré d’une berline à brancards mais bien conçu tel quel, dès l’origine, pour transporter la châsse de la sainte.  La longueur du train coïncide parfaitement avec les dimensions du caisson.  Il n’existerait en Belgique que trois autres exemplaires similaires de train à brancards datant du XVIIIe siècle.  Deux concernent des voitures de promenade ayant appartenu à la famille d’Arenberg, apparemment uniques au monde.  La parenté avec le char de Saintes s’explique vraisemblablement par le fait qu’il fut construit au château des d’Arenberg à Enghien. 

 Le siège avant :

Une petite caisse de cabriolet, protégée par une capote et soutenue par un système de suspension sur lames de ressort, a été adapté, sans doute au début du XIXe siècle, à l’avant du train.  A l’avant, un garde-crotte en tôle, galbé, protège le prêtre contre les projections de boue. 

 Le  frein à patins en bois et manivelle a certainement été ajouté dans le courant du XIXe siècle. 

Luc DELPORTE

4 Comments

  1. Votre article est très intéressant et documenté sur cette histoire de notre patrimoine et de la vie au 17 et 18e.

    On a un petit gout de trop peu, quelques photos seraient les bienvenues.

    Cordialement.

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    • Merci pour votre appréciation, et je prends bonne note de votre souhait. Si ce sont des photographies du char que vous souhaitez, vous en trouverez quelques unes dans l’article « Le Tour de Saintes vu par le Club Photo New Vision de Tubize ». Je vai toutefois voir si je ne peux pas ajouter quelques photos de détails qui seraient, je le concède, parfois utiles pour la bonne compréhension du texte. Bien à vous.

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  2. Je suis à la recherche d’anciennes photos du char et de la procession de Saintes mais avant les années 70.

    Pourriez-vous me dire qui pourrait m’aider dans ma recherche?
    Merci à vous.

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    • Le Musée ‘de la Porte’ dispose de quelques photographies anciennes du Tour. Vous pouvez prendre directement contact avec moi au 02/355.55.39. Attention, il s’agit généralement de photographies qui ne sont pas libres de droits.

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