Reconnaisance du Tour de Saintes

Le Tour Sainte-Renelde de Saintes  reconnu comme « chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Communauté française de Belgique »

Dimanche 13/11/2005 a eu lieu à Visé, lors de la 426e fête de la Saint-Martin de la Compagnie Royale des Anciens Arquebusiers de Visé – l’une des sociétés également reconnue avec le Tour de Saintes – l’officialisation de la reconnaissance comme « chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel » du Tour Sainte-Renelde de Saintes. 

Cette cérémonie officielle couronne les démarches entreprises il y a environ un an par le Conservateur du Musée « de la Porte ».  Lors du Tour 2005, Mme Fr. Lempereur, spécialiste des manifestations traditionnelles, avait été mandatée par le Conseil supérieur de l’Ethnologie pour effectuer une enquête approfondie sur le Tour.  L’accueil qui lui fut réservé par tous les participants du Tour fut chaleureux et authentique.  Le rapport favorable remis à la suite de cette enquête a permis la reconnaissance du Tour de Saintes parmi les sociétés et les manifestations les plus anciennes, les plus authentiques et les plus remarquables de notre pays. 

En plus de grands carnavals (Binche et Malmedy, Mayboom de Bruxelles) ou de sociétés d’agrément multiséculaires (Archers et Arbalétriers de Visé, Echasseurs et Moncrabeau de Namur), plusieurs autres Processions ou Tours ont également été reconnus : les marches militaires « Saint-Feuillien » de Fosse-la-Ville, « Sainte-Rolande » de Gerpinnes, « Saint-Roch » de Ham-sur-Heure, « la Madeleine » de Jumet, « Saint-Roch » de Thuin, « Notre-Dame » de Walcourt, le Tour Sainte-Gertrude de Nivelles, les Ducasses d’Ath et de Mons. 

A Visé, une délégation du Tour de Saintes était présente, ainsi que les délégations des 16 autres sociétés ou manifestations traditionnelles reconnues comme « chefs-d’œuvre », pour y recevoir officiellement l’arrêté de reconnaissance du Gouvernement de la Communauté française signé de la Ministre de la Culture. 

Un peu d’histoire

Les origines du Tour Sainte-Renelde de Saintes se perdent dans la nuit des temps.  Contrairement à d’autres manifestations de ce genre, le souvenir de sa date de création s’est effacé.  Mais il est déjà mentionné en 1451 comme étant « d’ancienne coutume », ce qui fait remonter son existence au moins à quelques générations auparavant.  Une hypothèse plausible le ferait remonter au milieu du XIVe siècle, comme la ducasse de Mons, à la suite de la terrible Peste Noire qui décima l’Europe.  Une autre hypothèse, moins assurée cependant, fixe sa création à l’époque où la paroisse primitive de Saintes englobait encore le village de Bierghes (indépendant paroissialement dès la fin du XIIe siècle).  Si cela devait se vérifier, cela ferait du Tour de Saintes l’une des processions encore en vigueur les plus anciennes du pays. 

Quoi qu’il en soit, la description du Tour donnée en 1451 permet d’affirmer qu’il se déroule encore aujourd’hui de la même manière qu’au Moyen Age.  Il offre ainsi un magnifique exemple de ces traditions orales, profondément encrées dans les populations qui les vivent, qui ont traversé les siècles pour arriver jusqu’à notre époque pratiquement intactes.  De ce point de vue, le Tour mérite tout notre respect.   Il est réellement digne d’autant d’intérêt que des manifestations mieux connues parce que se déroulant dans de grandes villes et attirant, de ce fait, d’avantage l’attention.  Les responsables de la Communauté française ne s’y sont pas trompés.  La reconnaissance du Tour de Saintes le démontre.  

Description du Tour Sainte-Renelde

Le Tour a lieu le dimanche de la Trinité.  La date de cette fête étant calculée sur celle de Pâques, elle varie chaque année et tombe durant les mois de mai et juin.  En 2006, elle se déroulera le dimanche 11 juin. 

La veille, à 19 h. 30, lors d’un Salut solennel en l’église de Saintes, la châsse, remontant en partie au milieu du XIVe siècle et contenant les reliques de sainte Renelde, est triomphalement hissée sur le char de procession.  Le lendemain matin, vers 7 h., le char, qui date de 1773 et est classé monument historique, attelé à quatre solides chevaux brabançons, s’ébranle pour un périple de 28 km dans les campagnes environnantes.  Il est précédé de 150 à 200 cavaliers, répartis en cavaleries correspondant chacune à un village.  Derrière le « guidon », c’est-à-dire le porte drapeau du Tour, un groupe de cavaliers musiciens jouent tout au long de l’itinéraire pour chaque groupe de spectateurs des airs traditionnels du Tour.  Ils sont suivis par la cavalerie du village de Saintes, reconnaissable aux ceintures rouges portées par les cavaliers.  Viennent ensuite les cavaleries de Bierghes (ceinture blanche), de Petit-Enghien (ceinture verte), de Lembeek (képis verts).  Chaque cavalerie a son propre drapeau.  Enfin, le long cortège se clôture avec le char de procession entouré de sa petite escorte à cheval. 

L’itinéraire suivit n’a pratiquement pas été modifié depuis le Moyen Age, sinon récemment à cause de la construction de l’autoroute A8 et du TGV et de l’extension de la carrière de Bierghes.  Il contourne alors par l’extérieur la difficulté et rejoint au plus vite l’itinéraire traditionnel.  Ce tracé effectue le tour des paroisses de Saintes et de Bierghes, avec une petite incursion à Quenast, jusqu’à l’église ou la messe de 10 h est célébrée pendant que les cavaliers en profitent pour se restaurer à la ferme du Faubourg, propriété du Tour le dimanche de la Trinité.  A son retour à Saintes, vers 17 h., les cavaliers et la châsse sont accueillis par le clergé, des musiciens à pied et une procession costumée. 

Le lundi de la kermesse, après la messe de 10 h., la châsse sort à nouveau, portée sur les épaules de six personnes.  Elle effectue alors trois tours de l’église, suivie par la population qui n’a pas eut l’occasion de faire le tour à cheval la veille. 

Luc DELPORTE

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