Bourgmestres de 1927 à 1979 : Georges Deryck (1927 à 1959) et Henri Deryck (1959 à 1979)

Henri Deryck a été le dernier Bourgmestre de la commune de Tubize, et le premier de la nouvelle entité qui est née le 1er janvier 1976.  Nous avons pu le rencontrer, ainsi que son épouse, par un dimanche pluvieux de février, mais combien riche par leur expérience et leurs souvenirs que nous allons d’ailleurs vous faire partager.

Pour découvrir Tubize et son passé en compagnie de Henri Deryck, nous avons fait un petit détour dans le mayorat de son père, Georges Deryck.

Qui était Georges Deryck ?

Né en 1883, depuis sa jeunesse il s’est investi dans la politique.  Premier échevin pendant le mandat de bourgmestre de Henri Simonet, il succède à ce dernier le 7 janvier 1927.

Le métier de mon papa était brasseur.  Qui n’a pas connu, parmi les personnes plus âgées, située au 157 rue de Mons à Tubize ? Avant la guerre de 1940, nous distribuions la bière au moyen de charrettes tirées par des chevaux.  Comme il n’y avait pas de grandes surfaces, la bière s’achetait lors du passage du « brasseur ».  Les tournées se faisaient une fois par semaine.

Nous avions déjà un camion avant la guerre.  Celui-ci a été utilisé pour l’exode en mai 1940.  Je n’étais pas de ce voyage car j’étais mobilisé à Mons.  Mes parents ont de leur côté évacué à Coxyde, selon l’ordre de l’armée française.  Après la guerre, mon père est resté bourgmestre jusqu’en 1959.  Il a donc fait 33 années de mayorat : un  bail !

Qui êtes-vous , Henri Deryck ?

Né à Tubize le 17 février 1908 ou j’ai toujours habité, sauf ces dernières années, je suis devenu brasseur comme mon père.  J’ai fait mes études à l’Ecole Professionnelle de Bruxelles, qui est devenue par la suite le CERIA.

Notre brasserie occupait 17 ouvriers.  Nos spécialités : la Rycs-Ale et la Golding.  Ces bières étaient distribuées à Tubize et dans la région.  Le nom de notre brasserie : Brasserie de la Fontaine.

Avant la guerre de 1914, il  avait à Tubize plusieurs brasseries : Delabie au Moulin de Ripain ; Casterman également à Ripain ; Coomans au coin de la rue des Frères Taymans ; Hanicq et la nôtre… Quelle époque !

Pendant la guerre de 1914, une brasserie centrale avait été constituée.  Elle se tenait à la Brasserie Hanicq et rassemblait toutes les brasseries de Tubize, Saintes, Clabecq et Oisquercq.  Une fusion des brasseries qui a donné peut-être une idée pour les fusions de communes en 1976.

Tout jeune, je faisais partie de groupements politiques, et c‘est en 1958 que les échevins Georges Camby et Decorte me sollicitèrent de prendre la place de mon père sur les listes.  C’est ainsi que je devins bourgmestre. Auparavant j’étais président de la Fédération Socialiste de l’Arrondissement de Nivelles.

Je me suis marié en 1931 avec Yvonne Commiant et de cette union deux enfants sont nés, dont l’un décédé.  Ma fille habite toujours Coeurcq.

Souvenirs de jeunesse

 Une jeunesse calme, partagée avec mes études.  Il n’y avait bien sûr pas de voitures ; les rues étaient aux piétons.  La pollution ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? Tout a bien changé en cette fin de 20ème siècle où j’ai aujourd’hui 87 ans.

Comment était Tubize dans le passé ?

 C’était une commune industrielle avec beaucoup d’emplois : Forges de Clabecq, Fabelta, Ateliers Métallurgiques d’où sortaient des locomotives à vapeur.  Je me souviens aussi des trois fonderies : Fonderie Hendrickx, Fonderie Adam (plateau de la Gare) et Fonderie Vanderulst (rue de la Déportation).  Il y avait beaucoup de commerces.  Au début de mon mandat de bourgmestre, il y a eu un renouveau dans les commerces, mais cela n’a pas duré.

Bourgmestre

 Je me suis surtout attaché au social avec la construction de maisons sociales avec les société « Petite Propriété Terrienne » et les « Habitations à Bon Marché de Nivelles ».  C’est ainsi qu’est né, à Tubize, le quartier du Stierbecq.

En tout dernier lieu ont été construits les « gratte-ciel » avenue de Mirande, dont à l’époque on ne pouvait occuper le 5è étage ; le matériel des pompiers n’y avait pas accès.

Je me rappelle aussi la première construction de mon mayorat, la route reliant Tubize à Quenast (auparavant il n’y avait qu’un sentier à travers les prairies à Ripain).

Cette liaison, nous l’avons réalisée afin de permettre à la population de Quenast et de Rebecq de venir plus facilement à Tubize.

Autres réalisations :

  • la salle du Gymnase actuellement baptisée « Théâtre du Gymnase » ;
  •  le bassin de natation, c’était nécessaire à Tubize ;
  • le home de la Bruyère, une bonne initiative ;
  •  le musée « de la  Porte ».

Le musée « de la Porte »

 Son histoire : j’avais comme ami Jules Bary, bourgmestre de Nivelles (qui a donné son nom a une rue de Clabecq) et en lui montrant la commune, je lui ai fait part de mon souhait de démolir la maison au coin de la chaussée d’Hondzocht pour faire un rond-point.  Il m’a vivement déconseillé et c’est ainsi qu’après une coûteuse remise en était, cette maison est devenue le musée « de la Porte » ; ces frais en valaient la peine.  C’est une petite perle dans Tubize.

Le jumelage

 Je me suis attaché à l’année européenne ; nous avons eu le drapeau de l’Europe. Les premiers jumelages se sont fait avec Mirande (Gers, en France) et Korntal (Stuttgart, en Allemagne) à ce jour 30 années d’existence ; ensuite Scandiano (région du fromage Parmesan et du jambon de Parme, en Italie).

Contacts du jumelage

 La commune de Mirande désirait le jumelage avec Tubize, aussi a-t-elle demandé à sa ville sœur de Korntal son accord pour qu’ensemble ils reçoivent Tubize à Korntal.  Nous avons répondu favorablement à cet appel ; notre délégation était constituée, si j’ai bonne mémoire, de Claude Januth (secrétaire communal), Fernand Frenay, Achille Marin, Henri Romain et moi-même.  Ceci se passait en 1964.

A notre retour, nous avons soumis ce projet de jumelage au conseil communal qui l’a accepté.  A Korntal, nous avons connu comme bourgmestres : Werner Trüm (décédé depuis) remplacé par Walter Seiler, et actuellement Peter Stritzelberger.  A Mirande, André Baudran à qui a succédé son fils Pierre.  Chose curieuse, à l’époque les bourgmestres étaient protestants à Korntal, gaulliste à Mirande et socialiste à Tubize.

Après 10 années, le jumelage s’est fait avec Scandiano.  Certains contacts ont été établis par Monsieur Rontane.  A propos de jumelage, je peux vous dire que Claude Januth, qui a succédé à Albert Gréer en tant que secrétaire communal le 1er juin 1962, est une mémoire de ces jumelages ; il a toujours été et est toujours dévoué à sa commune.

L’esprit du jumelage

 Comme nos villes sœurs, notre devise est avant tout une amitié européenne, et si à l’époque nous n’avons pas étendu cette amitié à d’autres communes de l’Europe, ce n’était pas uniquement qu’une question de frais.

Les fusions

 Au début, il faut l’avouer, elles ont été mal acceptées.  Après avoir voulu rester seule, la commune de Clabecq avait une préférence pour Braine-le-Château.  Avec Oisquercq, la fusion avait déjà eu lieu au début des années 1970.  Quant à Saintes, la population ne voulait pas en entendre parler.  On doit aussi dire que ces fusions se sont faites sans nous consulter.  Personnellement, j’étais favorable à la fusion, car selon moi, on ne pouvait pas continuer avec des petites communes.

Les changements suite à la fusion

  • Population : à mon avis, pas tellement de changement.  Bien sûr, tous les travaux et documents administratifs partent de la maison communale de Tubize.  A long terme, il n’était pas possible de garder une cellule administrative dans chaque commune fusionnée.  La situation que nous connaissons maintenant est venue tout doucement.
  • Administratif : il y avait une surcharge de travail, de nouvelles habitudes à prendre.  Nous avons dû réactualiser en tenant compte de cet élargissement et aussi du personnel fatalement.  On a aussi modernisé les méthodes de travail.  Le premier collège après les fusions était constitué des personnes suivantes : Bourgmestre : Henri Deryck (Union Socialiste) – premier échevin : Raymond Langendries (P.S.C.) – Echevins : Paul Wautier (P.S.C.) ; Marcel Vanpée (Union Socialiste) ; Marius Croquet (Libéral) et Albert Collet (Libéral).  Après trois ans, c’est-à-dire en 1979 et à l’âge de 71 ans, je cède l’écharpe de Mayeur à Marcel Vanpée, dernier bourgmestre de Clabecq.

Vos occupations

 Après avoir abandonné la vie politique, j’habitais toujours Coeurcq.  Je peux dire que depuis lors j’ai bien vécu avec mon épouse.  C’était une retraite bien méritée après 21 années consacrées à ma commune.  Avec mon père, n’avons-nous pas partagé le mayorat de 1927 à 1979, soit 63 ans.  C’est le cas de le dire, tel père, tel fils (brasseur de métier et mayeur).  Il faut aussi dire que je suis Tubizien et j’aime Tubize.  Je suis de près son actualité et je lis votre journal qui m’est prêté par ma fille.

Et Madame Deryck…

 J’ai partagé la vie politique de mon mari avec la plus grande joie.  Bien sûr depuis mon mariage, à la maison les sujets de conversation étaient principalement axés sur la commune.  Nous avons à présent 64 années de mariage, des années heureuses.  Comme dans tous les mariages, nous ne sommes pas toujours du même avis, mais cela met du piment dans la vie.

Revenons avant de terminer cet interview, à Monsieur Henri Deryck, qui a encore quelques mots à nous dire : « une pensée à mon ami le député – bourgmestre Raymond Langendries, actuel bourgmestre de Tubize à qui je souhaite tout ce qui peut lui être agréable tant sur le plan professionnel que sur le plan mayorat ».

Et c’est sur ces paroles que nous quittons Monsieur et Madame Deryck en les remerciant vivement du bon accueil réservé à notre journal et en leur souhaitant bon appétit car il était 11h40, et comme l’a si bien dit Madame Deryck « ici, on mange à l’heure ! »

Article Ecrit par Marcel Denuit – « Le Tubizien » n° 12 de mars 1995.

 


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