Un bon moment avec … Max LORENT, le dernier Bourgmestre de Saintes

Après Armand Warbecq e Marcel Vanpée, les derniers bourgmestres d’Oisquercq et de Clabecq, notre journal a été agréablement reçu par Max LORENT qui fut le dernier gestionnaire de la commune de Saintes.

 

Question traditionnelle : qui êtes-vous, Max Lorent ?

Né à Tubize le 8 juin 1916, des raisons familiales nous ont amené ma maman et moi à habiter chez les grands-parents quelques mois après ma naissance.  Mon grand-père, Ernest Simonet, a été le premier Bourgmestre socialiste de Tubize de 1921 à 1927.

J’ai une grande vénération pour mon grand-père ; c’est lui qui m’a inculqué les principes du socialisme, la tolérance, la fraternité et surtout à respecter les convictions de tous.  Par lui, j’ai aussi appris à vivre plus près des défavorisés.

Ernest Simonet a été directeur des Coopératives.  Conseiller Provincial de 1921 à 1929 et membre fondateur du « Parti Ouvrier Belge » P.O.B., section de Tubize en 1897. Il est né le 27 avril 1862 et décédé le 26 janvier 1931.  C’est aussi lui qui, en fin de compte, m’a amené à la politique, à laquelle j’avais « pris goût ».  A maintes reprises, il m’a parlé et tenté de m’expliquer la charte de Quaregnon, encore d’actualité au Parti Socialiste.

Ma maman était gérante du magasin de chaussures de la Maison du Peuple, elle était très connue.  Son nom : Aimée Simonet.  Par mon mariage avec Alice Lagneau, Saintoise de naissance, j’ai résidé à Saintes de 1939 à 1943.  Ensuite, nous sommes revenus à Tubize, et en 1953, nous nous sommes installés définitivement à Saintes, rue du Try-Bas.

 

Votre jeunesse ?

A l’âge de 6 ans, mon grand-père et ma maman m’inscrivirent aux « Enfants du Peuple », groupe de bambins où nous étions très nombreux.  Les réunions se faisaient à la Maison du Peuple de Tubize.  Je fis aussi partie de la société de gymnastique « La Prolétarienne » et c’est environ à l’âge de 14 ans que je devins membre des « Jeunes Gardes Socialistes » (chemise bleue – cravate rouge).

J’ai gardé de très bons souvenirs de mon passage dans ce groupe, notamment de la grande manifestation à Liège qui a réuni 100.000 jeunes gardes ; le défilé se faisait devant « le patron » Emile Vandervelde.

Avec Georges Camby, nous avons formé un cercle d’études où l’on débattait les idées socialistes.  Ces débats étaient souvent animés par des militants régionaux du P.O.B. tel que Joseph Bracops, Député-Bourgmestre d’Anderlecht.

A l’âge de 20 ans, j’étais secrétaire des « Enfants du Peuple », et Georges Deryck, Bourgmestre de Tubize à l’époque, était Président.

J’ajouterai ici que Georges Deryck était Premier Echevin, et c’est lui qui en 1927 a succédé à mon grand-père lorsque celui dû interrompre son mandat de Bourgmestre pour raison de santé.

J’ai toujours eu un faible en sport pour la balle pelote et c’est ainsi  que j’ai joué dans l’équipe junior et première de la « Balle Enchantée ».  Après mes études secondaires, je suis bien sûr obligé de faire mon service militaire et en 1936, je rejoignis le « 3è d’artillerie à Liège » où je rencontrai mon ami Marcel Vanpée.

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Quels ont été vos emplois ?

Après mon service militaire, j’ai travaillé pendant 10 ans à l’Administration Communale de Tubize.  Je suis ensuite allé aux Forges de Clabecq où j’ai terminé ma carrière en 1981 comme délégué syndical, mandat que j’avais exercé pendant 10 ans.  J’ai aussi été vice-président de la régionale Setca de Charleroi et fait partie, en qualité de membre, du comité national du Setca, section sidérurgie.

 

La guerre 1940-1945 ?

Comme repris ci-dessus, pendant la guerre j’ai travaillé à l’Administration Communale de Tubize, ce qui me permet d’aider la résistance de Tubize qui était très active.  Il y avait plusieurs réseaux : « P.A. », commandé par Emile Boucher autrement dit « Claude » ; le groupe « A.S. » ; quant à moi je faisais partie du groupe « F.I. » ; le groupe « G ».

Mon rôle s’est borné à fournir des documents tels que : cartes d’identité, bons d’essence, permis de roulage.  Certains se rappelleront peut-être de ce papier rouge sans lequel il était impossible de circuler en voiture.  Les réseaux de résistance à Tubize étaient bien structurés.

Comme j’ai fait mon service militaire dans le même régiment que mon ami Marcel Vanpée, j’ai aussi très bien connu les deux soldats de la région d’Eupen, embrigadés dans l’armée allemande, et qui étaient casernés au « bloc » à Tubize.  J’ai davantage connu celui qui gérait la cantine.

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Les activités communales ?

En 1958, à la demande du Bourgmestre Trullemans, je me suis présenté sur la liste en avant-dernière position.  Grâce aux voix de préférence, me voilà élu conseiller communal.  Suite au décès d’un échevin, en 1963, je pris une écharpe.

Aux élections de 1964 et 1970, j’étais réélu.  De 1963 à 1972, j’ai toujours conservé le poste d’échevin « Instruction publique – Affaires sociales – Logement – Affaires culturelles ».  Ces fonctions me plaisaient ; j’étais proche des habitants.  En 1972, je succédai à Jules Trullemans en qualité de Bourgmestre.

Pendant ces mandats, je me suis efforcé de rendre le plus grands nombres de services à la population (lois sociales, déclarations d’impôts, lettres …).   Pour vous dire, lorsqu’il s’agissait de remplir les déclarations d’impôts, qui à l’époque étaient plus compliquées à remplir que maintenant, je prenais 8 jours de congé.  Dans la journée je me rendais chez les habitants pour prendre les renseignements et le soir, je complétais ces déclarations.  Très souvent, je terminais ma journée de « congé » vers minuit.

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Bourgmestre et adjoints

Quand je suis devenu Bourgmestre, j’étais secondé par deux échevins : Jules Trésignies et Antoine Boon.  Le conseil communal était composé de 11 membres. Nous formions une très bonne équipe avec : Jean Walravens – Secrétaire communal.  Pigeoniste à ses heures,  toujours aimable avec les personnes de tous âges; pour mettre les gens à l’aise, il aimait « tailler une bavette » avec eux.  C’était lui aussi qui tenait les cordons de la bourse de la commune, et ce d’une façon très méticuleuse et sérieuse.  Pour lui, un franc, c’était un franc.

Jules de Saint Moulin – Rédacteur.  C’est à lui qui a perdu le plus dans la fusion des communes, car au départ de Jean Walravens, il aurait pu devenir secrétaire communal. 

Roger Willems – Garde champêtre.  Sous des allures très sévères, il punissait rarement mais prévenait souvent.

Voilà l’équipe avec laquelle, dans une bonne atmosphère de village, nous avons essayé de faire de notre mieux.  La commune n’était pas riche.  Nous devions œuvrer avec les moyens du bord.  Tout le personnel y mettait du sien pour satisfaire la population.  Nous avons perfectionné largement l’éclairage public, mais le temps nous a manqué pour réaliser tout notre programme.

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La fusion

 La fusion a été mal ressentie à Saintes par une grande majorité des habitants qui étaient opposés à ce projet, sauf les hameaux de Wisbecq et du Petit Bruxelles.  Ceux-ci étaient favorables au rattachement avec Rebecq, ce qui s’expliquait géographiquement.  Nous avons eu beaucoup de contacts sur le plan politique.  Nous aurions préféré une « fédération de communes » comme les réunions que nous avions eues à Braine-le-Comte le préconisaient.

Nous avons proposé une fusion avec Bierges qui fut immédiatement refusée.  Tout comme à Clabecq, nous avons également ressenti qu’il n’y avait rien à faire ; nous ferions partie du grand Tubize.  Les deux hameaux rattachés à Rebecq comptaient 1000 habitants ; la partie rattachée à Tubize réunissait 2000 habitants.

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Entité de Tubize

Aux élections de 1976, j’ai obtenu 957 votes préférentiels.  Suite à des divergences, le Parti Socialiste a présenté deux listes et je me suis retrouvé dans l’opposition comme conseiller communal.  Tout en ayant moins de pouvoir, pendant ces 6 années d’opposition, j’ai encore pu rendre les services que la population saintoise attendait de moi.

Dans l’ensemble, si j’ai pu travailler pour satisfaire mes concitoyens, je le dois surtout à mon épouse, que je remercie au passage, car elle m’a toujours épaulé, et n’a jamais ménagé ses efforts pour me rendre disponible et avoir une vie plus facile.  Elle m’a aussi été d’une grande utilité pendant les années où j’ai été secrétaire de l’A.S. Saintoise et Président des Anciens Combattants.

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Vos occupations actuelles ?

  •  Deux heures de marche tous les jours dans la verdure saintoise.
  •  A la télévision, je suis un fan du jeu « Questions pour un champion ».
  • Quand les émissions de la soirée sont peu intéressantes, je lis.  J’aime beaucoup la lecture. Mon épouse et moi-même parlons souvent de nos lectures, ce qui devient rare de nos jours.
  • Je croise encore beaucoup de personnes sur la route, à l’occasion des fêtes et aussi des kermesses que ce soit aux boudins, steaks ou poulets.  Il y a une chose qui me fait de la peine : je constate que de plus en plus les gens ne savent plus rire.

Avant de conclure, encore un mot.  Quand j’étais « petit » à Tubize, on m’appelait le « petit mayeur » parce que mon grand-père, Ernest Simonet, me promenait toujours en me tenant par la main.  J’ai aussi été connu sous le nom de « Max du Peuple » et après les élections de 1976, plusieurs personnes m’appelaient « Monsieur 1957 » en se référant à mon score électoral.

 

Voilà le portrait de Max Lorent qui nous a reçu cordialement et qui de « petit mayeur » est devenu un vrai mayeur à Saintes.

 

Article Ecrit par Marcel Denuit – « Le Tubizien » n° 11 de février 1995.

 

 


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