RENDEZ-VOUS AVEC MARCEL VANPEE, le dernier Bourgmestre de Clabecq

En compagnie de Marcel Vanpée qui m’a agréablement consacré une partie de son temps, nous allons faire un petit voyage dans le temps.

 Qui êtes-vous, Marcel Vanpée ?

Je suis né à Clabecq le 5 janvier 1913, où j’habite toujours.  Mes parents habitaient route Provinciale.  En 1910, ils ont déménagé, en péniche, pour s’installer au « Café de la Cantine », situé à proximité des Forges de Clabecq entre la rivière la Senette et le canal.

Ce que la plupart des gens ont connu de ce café, c’est la gloriette sous les tilleuls. Celle-ci au bord de la route étaient en réalité l’arrière de la maison.  Auparavant la rue passait de l’autre côté.  Le café a été démoli en 1960, lors des travaux relatifs à l’élargissement du canal.

Mes études : Primaires à l’école communale de Clabecq – Ecole moyenne de l’Etat à Hal (section française) – Humanités modernes (section scientifique) à l’Athénée communal de Saint-Gilles – Licence en sciences chimiques à l’Université Libre de Bruxelles.  Comme trésorier du cercle de chimie, j’ai fêté de nombreuses Saint-Verhaegen et participé à des visites guidées d’usines.

Pendant la guerre, j’ai travaillé dans l’industrie pharmaceutique.  Au lendemain de celle-ci, j’ai été chargé d’une mission pour le Ministre de l’intérieur. « Protection scientifique des œuvres d’art en temps de guerre » est le nom de la brochure à l’élaboration de laquelle j’ai participé très activement pendant neuf mois.  Cette brochure a pour but essentiel d’indiquer sous une forme synthétique les conseils pratiques qu’il convient de suivre pour protéger les biens culturels – à l’exclusion des monuments – contre les dangers d’une guerre.

Nous avons essayé de nous conformer à cette directive et avons ainsi présenté le fruit d’un effort de neuf mois, au cours desquels j’ai en tant que chargé de mission compulsé la bibliographie existante, interrogé mes collègues du laboratoire central des musées de Belgique et exécuté, enfin, une série d’essais tendant à choisir les procédés les plus sûrs, les moins coûteux et les plus facilement réalisables.

Par lettre du 15 décembre 1953, le Ministère de l’Intérieur « Corps de Sécurité Civile » eut la gentillesse de me remettre deux exemplaires, don un en français, l’autre en néerlandais, de la brochure pour laquelle j’avais consacré une partie de travail.

Certaines personnes se souviennent peut-être de ma présence à la Pharmacie Jasmin à Clabecq.  J’ai aussi connu le chômage.  Pour me diriger vers l’enseignement, j’obtins mon agrégation de l’enseignement supérieur en 1956.  J’ai d’ailleurs terminé ma carrière à 65 ans comme professeur de chimie à l’Athénée de Braine-l’Alleud.  J’ajouterai aussi que la grand-mère de mon père était bretonne.  J’ai donc une goutte de sang breton qui circule dans mes veines.

 

Comment définir Clabecq ?

Clabecq, nom évocateur d’une cité industrielle, à cependant gardé un caractère semi-rural.  Il n’y a pas si longtemps on prenait le temps comme il venait. On vivait à un rythme qui permettait de se promener, d’observer, de penser, peut-être.  Les rues étaient pavées, fruit du labeur des ouvriers des carrières de Quenast.

Clabecq a aussi possédé des carrières d’Arkose, dont les pierres verdâtres ont permis la construction notamment du Château du Marquis de Sayve.  Après le Marquis de Sayve, les Barons Snoy habitèrent le domaine seigneurial qui domine les vallées de la Sennette et du Hain, les routes de Braine-le-Château et d’Ittre.  C’est l’actuel château dénommé « Château des Italiens ».

Clabecq était un petit village où il y avait, même encore dans les années 1950, de nombreux commerces (épiceries, boucheries – au moins 5 sur la place – pharmacie, marchands de charbon, de tapis, des cafés, un tailleur et une mercerie.  Il y avait aussi un cinéma « Le Chicago », trois salles au village et deux aux hameau du 45).  Aux ducasses « d’hamia » et du village, on s’amusait, dansait.  Il y avait des jeux pour les jeunes tels les courses dans les sacs, brouettes, perche au savon et bien sûr des luttes de balle pelote…. C’était la fête.

Et la guerre 1940-1945  ?

Pendant la guerre, j’ai travaillé aux Usines Bios à Woluwé-St-Etienne. J’ai été mobilisé en 1938 et entamé la guerre comme tous les soldats.  Lors de la capitulation, nous étions placés dans une prairie en Flandre (Saint-Denis-Westrem) et comme les Allemands avaient besoin de celle-ci pour élargir leur champ d’aviation, ils ont libéré une partie des prisonniers.  Je fus heureusement des leurs.  A la question qui me fut posée : si Clabecq se trouvait en Hainaut, j’ai répondu « oui ».  Ainsi j’étais à la maison le 8 juin 1940.  J’ai appris par la suite que les prisonniers qui faisaient partie de l’arrondissement de Nivelles ne pouvaient obtenir cette libération aussi ont-ils passé quatre années en Allemagne…. La chance était ce jour-là avec  moi.

Des coïncidences.

En 1956, lorsque j’obtins mon agrégation de l’enseignement supérieur, je constate dans le journal « le Soir » les résultats : deux fois mes nom, prénom et qualité de chimiste, avec comme lieu d’études : Université Libre de Bruxelles et l’autre, Université Catholique de Louvain.  Cela m’a toujours chiffonné un peu ; aussi en 1976, je décide d’en savoir plus et je me rends à Louvain-la-Neuve où j’apprends qu’il y a effectivement  deux Marcel Vanpée ayant fait les mêmes études.  Mon homonyme exerçait toutefois son métier en Amérique.  Je lui ai écrit et nous nous sommes ainsi rencontrés.

Pendant la guerre, en août 1944, il y a eu un parachutage à Clabecq : deux américains. Clabecq fut cerné par les soldats allemands.  Mon père a été prix comme otage. Il a eu la chance d’être libéré grâce au sabotage du train « fantôme » et rentra à pieds de Bruxelles le 3 septembre 1944.

Parmi les soldats allemands casernés au « Bloc » à Tubize, il y en avait deux avec qui j’avais fait mon service militaire à Liège.  Belges d’Eupen, ils avaient été embrigadés d’office dans l’armée allemande à l’occupation.

Autre coïncidence.  Lorsque j’étais Bourgmestre de Tubize, un jour le directeur de la C.G.E.R. m’invite à l’agence et surprise : qui était venue incognito ? La Reine Fabiola accompagnée de sa dame de compagnie qui me connaissait.  C’était Madame André Oleffe, l’épouse d’un ami… le monde est petit !

Qu’est-ce qui vous a amené à la politique ?

Ainsi que dit ci-avant, mes parent étaient tenanciers du « Café de la Cantine ».  Ma maman me déconseillait de faire de la politique.  Elle n’aimait pas que le café ait une « couleur ».  Les socialistes m’ont aidé pour l’obtention d’un emploi dans l’enseignement.  C’est en remerciement que j’ai accepté de me présenter aux élections de 1964.

Comment êtes-vous devenu bourgmestre ?

Le résultat des élections du 11 octobre 1964 était le suivant : liste 1 : Libérale : Duson, Croquet, Defossez, Marcélis, Walravens. Liste 2 : Socialiste : Vanpée, Demoortel, Seghers, Wesel, Guilmot.  Liste 3 : Communiste : Kestermond. Soit 5 – 5 – 1.

Il devait y avoir une alliance entre F. Kestermont et F. Demoortel ; on ne peut pas dire que c’était la  bonne ambiance.  Etant copain de F. Kestermont depuis les bancs de l’école primaire, je me décide à le rencontrer et il signe pour que je sois Bourgmestre.

Fernand Duson (liste libérale) prétextant un faux, ce qui n’était pas exact, retarde ma nomination de Bourgmestre qui a toutefois eut lieu le 8 avril 1965.  Le Collège était le suivant : Bourgmestre : M. Vanpée ; F. Kestermont et M. Croquet, bien que faisant partie de la liste libérale.  Les trois listes étaient ainsi gagnantes : formule à retenir ?

Elections du 11 octobre 1970 : résultats : liste socialiste : 8 élus : Vanpée, G. Wesel, Debast, Dagneau, Camby, Deghorain, Dewolf, Van Meus. Liste libérale : 3 élus : Croquet, Marcelis, Luyckfazeel.  Rassemblement wallon : 2 élus : Wiseur et Boucher. M. Croquet était dans l’opposition mais ses conseils étaient écoutés.  En 1976, après les fusions, j’ai à nouveau été élu, en qualité d’échevin de l’environnement.

J’ai fait partie du collège avec Monsieur Henri Deryck, bourgmestre, R. Langendries (1er échevin), Albert Colet, Marius Croquet, et Paul Wautier.  Après 3 ans, j’ai hérité de l’écharpe de H. Deryck.  Durant mon mandat, j’aurais également voulu réaliser une ville plus fleurie, une fontaine sur la place…. Cela peut encore se faire.  Je suis à l’origine du parcours vitae.

La fusion.

Ainsi que la majorité de la population de Clabecq, j’étais contre la fusion avec Tubize.  Le referendum n’a-t-il pas donné 98 % de non ! En délégation, nous avons été reçus chez le Ministre de l’intérieur qui à l’époque était Joseph Michel.  Nous avons été bien reçus et lui avons fait part de nos réalisations dans la commune.  Nous avons eu pour toute réponse : »si vous n’êtes pas d’accord, faites une proposition, nous l’examinerons ». Nous avons proposé Braine-le-Château et Ittre, plus proches de nous par leur mentalité, cela n’a servi à rien.  Les jeux étaient faits.

Monsieur Vanpée, comme à l’époque où vous étiez Bourgmestre, on a le plaisir de vous voir à toutes les fêtes et toutes les manifestations.

C’est vrai, ma devise a toujours été : être au service de la population, c’est-à-dire aider chaque citoyen.  Tout doit toujours être réalisé dans l’intérêt de tous et le respect absolu de toues les convictions tant religieuses que politiques.

Encore un petit mot.  N’oublions pas que Napoléon était Clabecquois.  C’était agréable de le voir circuler dans le commune et dans celle des environs comme « el remouleu d’sizetts ». 

J’aimerais aussi que vous jetiez un coup d’œil sur l’évolution des habitants, des ménages et des maisons.

  Belges Etrangers Total Ménages (+/-) Maisons (+/-)
31/12/1920 1458 20 1478 440 450
31/12/1940 1660 80 1740 580 600
31/12/1260 2666 360 3026 950 908
31/12/1965 3309 480 3789 1120 930
31/12/1966 3034 705 3739 1155 955
31/12/1967 2858 812 3670 1135 1040
31/12/1968 2924 715 3639 1135 1052
31/12/1969 2981 825 3806 1180 1103
31/12/1970 2984 825 3809 1200 1120

 

Avant de conclure, j’oubliais.  En 1973, nous avons eu le plaisir d’accueillir à Clabecq, du 8 au 14 avril, la R.T.B. Télévision et la radio dans le cadre de l’émission « Rallye Contact Wallonie ». C’était un événement car pendant cette période à la radio on ne parlait que de Clabecq, et le soir les émissions TV étaient aussi consacrées à notre petit village.

Actuellement comme passe-temps, en compagnie d’un ancien échevin de Tubize, Marcel Gréer, je traduis en Wallon local et des environs, les mots usuels d’un dictionnaire européen (Français, Anglais, Allemands, Espagnol, Italien, Néerlandais, édité par Labor).  Il est regrettable que notre dialecte se parle de moins en moins.

Voilà ce qu’à été notre rencontre avec Marcel Vanpée qui reste un symbole pour les Clabecquois.  Article écrit par Marcel Denuit et paru dans le journal n° 10 « Le Tubizien » de janvier 1995 .


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