RENCONTRE POUR VOUS : ARMAND WARBECQ – Bourgmestre d’Oisquercq de 1947 à 1972

Pour notre journal, j’ai eu le plaisir de rencontrer au 12 de la rue de Clabecq à Oisquercq, Armand Warbecq et son épouse Mariette Tilman.  Ensemble, ils ont mis leurs souvenirs sur la table afin que nos lecteurs connaissent encore mieux celui qui, pendant 24 ans 3 mois et 12 jours, a dirigé la commune d’Oisquercq.

Né le 4 août 1913 à Braine-le-Château, Armand Warbecq s’est installé, à son mariage à Oisquercq.  A 14 ans, après l’école primaire, comme il était courant à l’époque, il est allé travailler.  Il nous confie :

Au début, j’étais manœuvre et ensuite maçon chez mon oncle, Joseph Warbecq, qui dirigeait une petite entreprise à Oisquercq, rue de Samme.  Pendant la guerre, j’ai travaillé à l’administration communale d’Oisquercq en qualité d’employé au service de ravitaillement.  Ce service ayant été supprimé fin 1944, j’ai trouvé un emploi à la Pharmacie Centrale à Halle.  Je prenais le train, car il y avait une gare à Oisquercq, aux environs de 6h40 pour rentrer le soir au train de 18h30.

A cette époque, tout le monde marchait.  Il n’était pas nécessaire d’avoir des parkings.  Un déplacement plus rapide que la marche à pieds était le vélo.  On ne parlait pas de pollution, d’ailleurs, si j’ai bonne mémoire, il n’y avait que quatre voitures à Oisquercq, indépendamment de celles de la Centrale Electrique, soit : Jean Wuyts (marchand de charbon), Georges Detrez, Messieurs Douniaux et Demolder.

Mes huit dernières années de travail, je les ai passées aux Forges de Clabecq, ce qui veut dire qu’à l’âge de 57 ans, les entreprises engageaient encore du personnel.  On n’était pas « trop vieux ».  Pour en revenir à mon emploi pendant la guerre « à la commune », outre la distribution des timbres de ravitaillement, je m’occupais du recensement du cheptel et d’autres travaux avec Armand Lagneau et Armand Leveau.

La population d’Oisquercq n’avait peut-être pas beaucoup à manger, mais pendant ces années de guerre, elle est restée disciplinée et sympathique.  Au sujet de ces timbres de ravitaillement, une petite anecdote dans laquelle nous retrouvons notre ami Henri Leherte.  Ce dernier faisait partie d’un groupe de résistants  qui devait être « l’Armée Secrète » et, afin d’aider des réfractaires, je l’avais avisé du jour de la réception des timbres, afin que pendant la nuit il puisse venir les enlever avec son groupe – ce qu’il a fait – les résistants lui en ont été reconnaissants.

Pourquoi Oisquercq avait-il été choisi pour cette opération ?

Simplement parce qu’au point de vue timbre, il y en avait beaucoup.  En plus de ceux destinés à la population, il y avait le supplément prévu pour les bateliers.

J’ai aussi fait partie de la résistance : le groupe F.I. avec notamment Edouard Koumont du hameau du Sart, Maurice Meurant, Robin, tenancier d’un café, Georges Denuit et d’autres dont le nom m’échappe.  Avec les groupes des environs, nous organisions des sabotages.  Pendant plusieurs mois, nous avons gardé enfouies sous terre dans notre remise, des armes de « l’Armée secrète » et du groupe « Nola » d’Ittre (groupes sous la direction du Commandant de Gendarmerie d’Ittre : Monsieur Wilmotte).  Nous avons aussi hébergé un maquisard Brugeois pendant 4 mois, sans jamais avoir connu son nom ;  Il nous a un jour envoyé une carte de New-York sur laquelle il nous exprimait ses remerciements et comme signature « votre reconnaissant maquisard ».  Nous n’avons plus jamais eu de ses nouvelles.

Encore un petit mot sur les cartes de ravitaillement.  Il y en avait pour toute l’alimentation, la viande et quelques fois pour les pommes de terre.  Le quota de timbres par famille n’était pas élevé … de quoi vivre.  Contrairement à aujourd’hui, où il n’y a plus que deux cafés et une boulangerie à Oisquercq, si j’ai bonne mémoire, il y avait au village :

  • Epiceries : Hortense Fontaine, Hyppolitine Saublens, Rose Defraine et Denise Blanpain.
  • Boulangeries : Jules à la rue de Samme et Armand Varlet.
  •  Tapissiers : Louis Katy et Bontet.
  • Cafés : Etienne Lambremont, Aimé Tilman, Madeleine Rivière (où les enfants des écoles allaient prendre leur bol de soupe à 10h30 pendant la guerre), Eva Denuit, belle-mère de Monsieur Météo, Robin, Madeleine et Fernande Geremy.
  • Fruits et légumes : Madame Decorte.
  • Bouchers : René Fievet et Armand Camberlain.

A la Bruyère :

  • Une épicerie : Jeanne Desmet dite Jeanne de Lié.
  • Deux cafés : Joseph Huont dit le capitaine et Valentin Sautois.

Ce qui veut dire que notre petit village comptait au moins 20 commerces.

Qu’est-ce qui vous a amené à la politique ?

Ernest Defraine était Bourgmestre et je me suis présenté devant les électeurs le 27 novembre 1946.  J’étais tête de liste socialiste, opposé à lui et j’ai été élu.  Il y avait également sur cette liste des hommes comme Emile Vandervale, Emile Ziggers, Oscar Lekime et Georges Leclercq.  En 1952, j’avais comme opposant Emile Derbaux ; j’ai été réélu.  Lors d’une certaine élection, il n’y avait que ma liste ; les gens ne devaient pas voter et je suis ainsi resté à la tête de la commune jusqu’en 1972, moment où la commune d’Oisquercq a fusionné avec Tubize, avant Clabecq et Saintes.

J’ai de très bons souvenirs de ma période en tant que Bourgmestre.  Le contact avec les habitants était, et est toujours, très agréable.  La commune n’était pas riche, bien que semi-industrielle. Nous ne percevions que peu d’argent de la Centrale Electrique parce que son siège était situé à Bruxelles.  Il y avait aussi la papeterie et cartonnerie Bolle, dont une partie des bâtiments s’est appelé aussi « Marcy ».

Nous n’avions pas de grands moyens pour effectuer des travaux ; nous devions les faire avec les ouvriers communaux et des chômeurs.  Nous aurions aimé avoir une bonne voirie.  Ce n’étaient pas les bonnes intentions qui manquaient mais les fonds.  Depuis ma retraite, je ne me suis plus occupé de politique.

Un dernier mot sur la guerre.  En mai 940, les soldats Belges et Alliés ont fait sauter le pont du canal.  Aussi, pendant plusieurs mois, avant la construction d’un nouveau pont, pour permettre au gens de passer d’une rive à l’autre, il était fait usage d’un radeau manœuvré par un ou deux hommes.  Lors du passage d’un bateau, le câble devait être descendu au fond de l’eau.  Aucune traversée n’était permise la nuit.  Nous étions sous le régime Allemand.

Et c’est sur ces explications que j’ai quitté Mariette et Armand Warbecq, en les remerciant vivement de m’avoir confié leurs souvenirs et surtout pour le bon accueil qu’ils m’ont réservé.

Article écrit par Marcel Denuit et paru dans le journal n° 9 « Le Tubizien » de décembre 1994 .


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